Buffy puissance 3 >> Introduction à « Buffy contre les vampires » <<

À chaque génération il y a une élue. Seule elle devra affronter les vampires, les démons et les forces de l'ombre. Elle s'appelle Buffy.

La série de science-fiction (de fantasy pour être plus précis) « Buffy contre les vampires » a pour titre original « Buffy the Vampire Slayer » (BtVS).

Cette page tente de montrer quels sont les thèmes et comment ces derniers sont mis en place dans cette série.

[^]Buffy au premier degré

[Le sourire de Buffy]

Il était une foi une lycéenne, maintenant étudiante, prénommée Buffy : dotée de super-pouvoirs, elle est l'Élue qui combat les forces des ténèbres.

Dans la journée elle suit des cours, s'entraîne au close-combat et à la manipulation d'armes moyenâgeuses.

La nuit pendant ses loisirs elle est La Tueuse, elle parcours les nombreux cimetières de sa ville pour tuer les vampires, les démons, les hostiles sub-terrestres et autres vilains pas beaux.

Au contraire de la plupart des autres superhéros elle ne porte pas un costume pour protéger son anonymat (c'est inutile car la population a une mémoire curieusement sélective et ne se pose pas de questions) : dans la vie civile elle s'habille court et chic, dans sa chasse aux démons elle met un vêtement plus adapté.

« Buffy contre les vampires » se déroule dans un monde identique à celui de toute petite ville américaine, avec une différence : les démons, la magie, le paranormal existent : c'est le buffyverse !

Les thèmes abordés reprennent les préoccupations des jeunes (en particulier la sexualité, la peur de l'avenir, le besoin de s'intégrer dans la société, la révolte contre l'autorité mais aussi le dopage, l'alcoolisme, le suicide, la mort, ...).

On trouve dans « Buffy contre les vampires » :

  • le cadre du lycée ou de la fac ;
  • de l'humour, de l'autodérision ;
  • de l'action, des combats, des monstres ;
  • de grands sentiments ;
  • de beaux jeunes gens ;
  • des effets spéciaux de qualité ;
  • 2 proviseurs tués (mangé par des élèves pour le premier, englouti par M. le maire après la transformation de ce dernier en un gigantesque serpent démoniaque pour le second) !
  • une destruction par explosif du lycée pendant la remise des diplômes !!

Les adolescents sont la cible visée en France par BtVS, ainsi que l'image véhiculée dans les médias.

Le titre (particulièrement en français), le nom de l'héroïne, et cette présentation rapide et superficielle de la série ne laisse à priori aucun doute, et j'ai d'ailleurs bien failli ne jamais la regarder !

[^]Buffy au second degré

« Buffy contre les vampires » n'est pas une série sur les vampires et les monstres : elle traite symboliquement du cheminement vers l'age adulte d'une jeune femme. Mais ce n'est pas le seul thème abordé par le biais de la métaphore (le loup-garou et la part d'animalité de l'homme, la mort marque un passage, ...) Les vampires et leur morsure représentent l'acte sexuel, le plus souvent le viol car la victime est rarement consentante (il y a pénétration et échange de fluide corporel, la transformation - souvent sexuée - en vampire est donc symboliquement une MST),

Ainsi, les histoires nous ramènent de notre propre vécu : les interprétations sont forcément subjectives, la lecture qu'on peut faire de la série diverge selon les téléspectateurs : premier, deuxième, troisième, ... degré !

[L'homme
au fromage]

Il existe dans la série des mystères que relèvent le spectateur attentif ou renseigné : le fromage (enfin, ce que les américains appellent du fromage), les papillons, les lapins ou les crevettes sont évoqués ou montrés régulièrement. Au vu de leur fréquence d'apparition, - et parce que peu de chose est vraiment gratuit dans cette série - ces choses ont une signification (encore que le fromage serait justement là sans raison, à part celle de donner au spectateur une fausse piste).

Les personnages sont en phase avec la vie réelle : tous les ans, ils passent dans la classe supérieure et parfois redoublent, les anniversaires de Buffy sont fêtés (et se passent souvent très mal !). Le passage à la fac ou à la vie active représentent des étapes importantes : le cadre de vie , la vie sociale, ... changent.

Signe que le jeune public n'est pas le seul visé, des pratiques sexuelles anodines, extrêmes ou inédites y sont évoquées ; mais de manière implicite.

  • l'hétérosexualité, l'homosexualité ;
  • la masturbation ;
  • la fellation ;
  • le fétichisme ;
  • le vampirisme (explicite quand Riley donne son bras à un vampire féminin pour le plaisir) ;
  • les pratiques SM (très fréquent et varié !), à la fois dans les rapports dominant/dominé, souffrance/plaisir, et dans les attributs (chaînes, cages, instruments de torture).
  • le double maléfique de Willow fait une proposition à la naïve Willow ;
  • Anya réclame un sursis d'une nuit quand Giles veut regrouper les 2 Alex dans l'épisode « Le double » ;

« Buffy contre les vampires » est donc une série bien plus fine que de prime abord. Elle manie avec bonheur l'autodérision et le second degré, elle ne se prend pas au sérieux.

Cette série bénéficie de plus d'une grande cohérence interne (elle reste réaliste à l'intérieur de son irréalité), même si quelques facilités sont prises (comme la sensibilité plus ou moins grande des vampires à la lumière du jour, ou la force très variable dont ils font preuve).

Des détails prennent tout leur sens des mois plus tard ; des situations bizarres à première vue (l'arrivée de Dawn par exemple !) trouvent leur explication quelques épisodes plus loin. Cette cohérence est sans doute autant due à une utilisation ultérieure de détails passés qu'à une préméditation systématique.

La dimension métaphorique de BtVS est confirmée par les auteurs de la série dans de nombreuses interviews.

[^]Buffy, une série très féminine

Buffy renverse les codes des films d'horreur (et de la vie en général) : la charmante jeune fille est normalement celle qui fuit devant les méchants, et non pas celle leur fait peur et leur file des raclées.

Les personnages féminins sont bien plus valorisés que les hommes : l'héroïne est une femme, sa meilleure amie Willow aussi est exceptionnelle (en informatique, en magie, ...). Joyce, la mère de Buffy Anne Summers, est une femme indépendante (elle est divorcée et travaille dans une galerie d'art) Même parmi les démons il existe des personnages forts (Darla, Drusilla, Gloria).

Au contraire, les personnages masculins sont pâles en comparaison. Alex (Xander en VO) est le personnage « normal » de la série : il se considère comme le bouffon au lycée (mais ne reçoit pas le prix de comique de la promotion qu'il convoite dans l'épisode « Les chiens de l'enfer ») ; il est peu brillant dans les études qu'il arrête au lycée, pour trouver finalement un emploi dans le bâtiment. Giles est un bibliothécaire et guide assez endimanché, principalement préoccupé par ses bouquins (même s'il montre un côté sombre dans certains épisodes). Hank Summer, le père de Buffy, a fait à peine quelques apparitions et reste injoignable...

Si Buffy n'est pas à proprement parler une série féministe, son atmosphère est très féminine et elle surfe sur la vague du « girl power ».

[^]Les références

Les références à la culture populaire américaine sont nombreuses, on note : Superman, Spiderman, Beep Beep et Coyote, StarWars, L'exorciste, Soleil Vert, Le Parain, X-files, Dynastie, Asimov, ... Et bien sûr aux 2 références omniprésentes dans la production US : la Bible et Shakespeare. Par contre beaucoup de ces références ont sauté en version française.

[^]Le déterminisme

« Buffy contre les vampires » évolue dans un monde très déterministe : quand Buffy et sa mère emménagent à Sunnydale, elles croient avoir trouvé une petite ville tranquille et sans histoire : en fait, à la bibliothèque son Observateur attend déjà Buffy, et la ville se situe au « centre d'une convergence mystique ».

Ensuite, les rêves de Buffy annoncent fréquemment les événements futurs. Les prédictions diverses - souvent écrites depuis des centaines d'années - se déroulent avec une remarquable précision au niveau de la date, même si leur énoncé est pour le moins incomplet et vague.

Les monstres et artéfacts que rencontrent Buffy ne sont pas inconnus ; une gravure plutôt précise dans un vieux bouquin permet l'identification et donne le mode d'emploi (pouvoirs spéciaux, points faibles), un peu à la manière des jeux de rôles d'ambiance gothique.

Malgré tout, les personnages de « Buffy contre les vampires » gardent leur libre arbitre dans des limites plutôt étroites : les événements arrivent, mais leur dénouement reste entre les mains de La Tueuse et du « Scooby Gang ». Et bien que s'agissant d'une série américaine, le « Happy End » n'est pas systématique.

[^]La construction d'une saison

Une saison comporte 22 épisodes (la saison 1 comporte seulement 12 épisodes).

Une saison comporte un arc principal, c'est-à-dire une histoire récurrente qui commence en début de saison, évolue par touches tout au long de la saison et trouve sa conclusion dans le dernier épisode de la saison dit « season finale »

Une saison est un peu construite comme un jeux vidéo : tout au long de la saison, le joueur gagne armes, sortilèges et autres ressources. À la fin, le joueur affronte le « Boss de fin de niveau », c'est à dire un adversaire bien plus coriace qu'habituellement.

Ainsi il s'agit bien d'une série car chaque épisode pris isolément est normalement compréhensible, à quelques détails prêt. C'est aussi un feuilleton car pour comprendre complètement un épisode, il faut avoir l'historique ; tant au niveau de l'évolution constante des personnages (et parfois cette évolution est considérable, on passe du blanc au noir puis au blanc puis au gris...), que de l'intrigue générale. L'ordre de diffusion devrait donc être respecté, c'est heureusement généralement le cas sur M6.

On peut donc distinguer schématiquement plusieurs types d'épisodes :

  • Le « season premiere » : l'épisode de début de saison : il campe les personnages et le décors, introduit l'arc de la nouvelle saison.
  • Le « season finale » : l'épisode (parfois double) de conclusion provisoire, il bénéficie souvent d'un budget plus important et conclut l'arc de la saison.
  • Les épisodes intermédiaires, des histoires plutôt indépendantes mais qui s'insèrent cependant dans la saison. Ils peuvent traiter d'un thème classique de la littérature ou du cinéma fantastique.
  • Les épisodes qui font avancer l'arc.

La construction des épisodes se fait souvent selon ce schéma simplifié (assez bien rendu en fait par le titre français « Buffy contre les vampires ») :

  • Des événements bizarres et mortels se produisent en ville.
  • Un ou plusieurs démons sont responsables.
  • La vie se déroule normalement bien que compliquée par les obligations de La Tueuse.
  • Après quelques recherches dans des vieux bouquins ou sur informatique par Gilles et Willow, la solution pour vaincre le monstre est trouvée.
  • Buffy combat les méchants de l'épisode.

Ainsi, on a Buffy contre : des vampires, une mante religieuse géante, des cauchemars, un démon sur internet, une fille invisible, une créature à la Frankeinstein, des costumes de Halloween magiques, des humains manipulés génétiquement, de la bière, un loup-garou, une tueuse incontrôlée, un extra-terrestre, ...

Il existe des épisodes atypiques, inclassables, qui se distinguent dans la série mais aussi de la production télévisuelle habituelle :

  1. « Silence de mort » : pendant les trois quarts de l'épisode, la population de Sunnydale est dans l'incapacité de parler.
  2. « Cauchemar » : le dernier épisode de la saison 4, qui n'est pourtant pas le « season finale », est un mauvais rêve que partagent partiellement tous les protagonistes. Cet épisode bizarre ne laisse pas indifférent (on adore ou on déteste), il annonce en fait les événements de la saison suivante.
  3. « Orphelines » : il aborde le thème de la mort avec un ton très juste et très émouvant. L'absence de musique tout au long de l'épisode contribue à son atmosphère particulière.

La grande cohérence au cours des saisons s'explique par un travail d'équipe mené par le créateur de la série et producteur exécutif : Joss Whedon. Ce dernier fourni un travail de correction et de mise au format des scénarii qui occupent plusieurs auteurs ; les épisodes qu'il écrit et réalise sont parmi les meilleurs de la série.

[^]Angel

À la fin de la saison 3, Angel, le vampire doté d'une âme et grand amour de Buffy, a sa propre série « Angel ». Cordélia Chase puis Wesley Wyndham-Price le rejoignent de Sunnydale. De nombreux ponts (sous la forme de personnages et de crossover) s'établissent avec BtVS, même si la mythologie n'est pas totalement identique.

L'action se déroule la nuit - vampire oblige - à Los Angeles, dans une agence de détectives privés spécialisée dans le paranormal « Angel Investigations ». Un ennemi principal est introduit rapidement : le cabinet d'avocat « Wolfram & Hart ». Les « Puissances Supérieures » interviennent régulièrement pour annoncer par télépathie des futurs événements paranormaux. Doyle disparaît rapidement - alors que son rôle était crédité au générique - et transmet son pouvoir de pré-cognition à Cordelia, ce qui a sur le personnage un effet similaire à celui qu'a connu Buffy lorsqu'elle s'est révélée en tant que Tueuse : elle devient moins frivole sans renoncer totalement à ses rêves d'actrice, elle grandit.

« Angel » est un univers plus adulte (son héros a plus de 200 ans après tout) et plus masculin. Les principaux thèmes abordés sont la frustration, le remord, la responsabilité, la maternité et la paternité, la différence, ...

[^]Le phénomène internet

Si on devait mesurer la popularité d'une série au nombre de sites qui lui sont consacré (250 sur Yahoo près de 700 sur Google Directory (Dmoz)) alors « Buffy contre les vampires » est la série la plus populaire de tous les temps ! Il existe des séries plus populaires en terme d'audience, mais elles n'ont pas un tel impact.

Les sites sur Buffy restent très premier degré : résumés de épisodes, biographies des acteurs et des personnages, galeries de photos, musiques, fanfics, ... Les sites qui cherchent à comprendre et expliquer l'univers de « Buffy contre les vampires » sont pas contre plus rares, et à mon avis plus passionnant !

D'autre part, les épisodes diffusés aux USA et numérisés circulent sur le réseau, ce qui permet aux internautes disposant d'une connexion haut débit d'avoir en avant-première (et en VO) les nouveaux épisodes au fur et à mesure de leur diffusion.

De plus, Joss Whedon lit et intervient de temps en temps dans les forums consacrés à BtVS. il tiendrait compte des réactions des fans et s'en inspirerait parfois pour la suite.

En résumé, Buffy est très présent sur internet et dans toutes ses utilisations : le Web, les newsgroups et les listes de diffusions, les réseaux d'échange de fichier (type Kazaa ou eDonkey).